Tapis et side pot : calculer les pots secondaires
Un side pot au poker, ou pot secondaire, apparaît dès qu’un joueur part à tapis avec moins de jetons que ses adversaires et que ceux-ci continuent à miser entre eux. Le joueur à tapis ne peut gagner que ce qu’il a pu égaler chez chacun ; tout le surplus forme un pot à part, disputé par les autres. Le calcul tient en une méthode : on découpe les mises au niveau de chaque tapis, du plus petit au plus grand.
La règle de base : on ne gagne que ce qu’on a couvert
Au poker moderne, on joue table stakes : seuls les jetons posés devant soi au début de la main peuvent être engagés. Personne ne peut être chassé d’un coup faute d’argent, et personne ne peut sortir son portefeuille en cours de main. Un joueur qui n’a plus que 30 € face à une mise de 100 € peut suivre à tapis pour ses 30 €.
En échange, il ne peut gagner de chaque adversaire que 30 €, plus sa part de ce qui était déjà au milieu. C’est l’origine des pots secondaires : chaque tapis plus court que les autres crée une « marche », et chaque marche est un pot distinct avec sa propre liste de prétendants.
La méthode de calcul
- Classer les joueurs encore dans le coup du plus petit tapis engagé au plus grand.
- Pot principal : le plus petit tapis multiplié par le nombre de joueurs qui l’ont couvert, plus l’argent déjà présent au milieu (blinds, mises des tours précédents, jetons des joueurs couchés).
- Premier pot secondaire : la différence entre le deuxième plus petit tapis et le premier, multipliée par le nombre de joueurs qui l’ont couverte.
- Recommencer avec la marche suivante, jusqu’au plus gros tapis.
- La part du plus gros tapis que personne n’a pu suivre lui est rendue : elle n’entre dans aucun pot.
Exemple 1 : trois joueurs à tapis avant le flop
Cash game, trois joueurs restent : A a 50 €, B 120 €, C 300 €. Tout le monde finit à tapis avant le flop (on néglige les blinds pour la lisibilité).
- Pot principal : 50 € × 3 = 150 €. A, B et C y ont droit.
- Side pot : (120 − 50) × 2 = 140 €. Seuls B et C y ont droit.
- Les 180 € restants de C (300 − 120) ne sont suivis par personne : ils lui reviennent.
Si A a la meilleure main, il prend 150 € et le side pot de 140 € va au meilleur des deux autres. Si B a la meilleure main, il rafle les deux pots, soit 290 €. Si C gagne, il remporte 290 € et récupère ses 180 € non suivis.
Exemple 2 : quatre joueurs en tournoi, deux pots secondaires
Blinds 100/200. Avant le flop, quatre joueurs ont chacun mis 300 : le pot vaut 1 200 (on suppose les blinds incluses dans ces mises). Au flop, tous partent à tapis avec ce qu’il leur reste : A 1 200, B 3 700, C 2 200, D 5 700.
| Pot | Calcul | Montant | Joueurs éligibles |
|---|---|---|---|
| Principal | 1 200 (préflop) + 1 200 × 4 | 6 000 | A, B, C, D |
| Secondaire 1 | (2 200 − 1 200) × 3 | 3 000 | B, C, D |
| Secondaire 2 | (3 700 − 2 200) × 2 | 3 000 | B, D |
| Rendu à D | 5 700 − 3 700 | 2 000 | D seul |
Vérification : 1 200 au préflop + 1 200 + 3 700 + 2 200 + 3 700 réellement engagés au flop = 12 000, soit exactement la somme des trois pots. Ce contrôle évite la plupart des erreurs.
Supposons maintenant l’ordre de force suivant à l’abattage : A a la meilleure main, puis C, puis B, puis D. A remporte le pot principal (6 000). Le premier pot secondaire va au meilleur de B, C et D, donc à C (3 000). Le second se dispute entre B et D : B l’emporte (3 000). D, pourtant plus gros tapis, ne garde que les 2 000 qui ne lui ont pas été suivis.
Le cas illustre bien qu’on peut gagner un pot avec la troisième meilleure main de la table : B ne bat que D, mais c’est suffisant pour le dernier pot secondaire.
Exemple 3 : un joueur se couche après avoir misé
Table 1/2 €. Au flop, le pot contient 30 €. A part à tapis pour 40 €. B suit 40 €. C relance à 150 €, B se couche.
- Les 40 € de B restent dans le pot : un joueur qui abandonne perd ce qu’il a déjà engagé, mais ne peut plus rien gagner.
- Pot principal : 30 € + 40 € × 3 = 150 €, disputé par A et C seuls.
- Les 110 € de relance de C ne sont suivis par personne : ils lui sont rendus, aucun side pot ne se forme.
Si B avait suivi les 150 €, un side pot de 220 € (110 € × 2) se serait joué entre B et C, et A n’aurait pu prétendre qu’au pot principal.
Dans quel ordre on distribue les pots
À l’abattage, toutes les mains concernées par un tapis sont retournées. Le croupier attribue les pots en partant du dernier pot secondaire créé, celui qui concerne le moins de joueurs, et termine par le pot principal. Cet ordre évite qu’un pot soit poussé trop vite vers un joueur qui n’y avait pas droit.
En tournoi, si deux joueurs ou plus sont éliminés sur la même main, celui qui avait le plus de jetons au début de la main termine mieux classé. Avec une big blind ante, la TDA précise qu’on compare les tapis une fois l’ante payée. Cette règle compte pour l’argent quand on est dans les places payées, et pour les primes dans un tournoi à bounty.
Faire tourner le board deux fois
En cash game, certaines tables autorisent deux joueurs à tapis à « faire tourner deux fois » (run it twice) les cartes restantes. Le pot concerné est alors coupé en deux moitiés, chacune attribuée sur son propre board. L’espérance de gain ne bouge pas, seule l’amplitude des écarts diminue. Avec un side pot en jeu, chaque pot suit la même règle séparément, et seuls ses joueurs éligibles décident de l’appliquer ou non.
Après un tapis perdu en cash game
Un joueur éliminé d’un coup en cash game peut se recaver, dans les limites de cave de la table. Il ne peut en revanche jamais retirer une partie de ses jetons en cours de session pour les mettre de côté : cette pratique, que les anglophones appellent ratholing, est interdite dans les casinos comme en ligne, où un joueur qui quitte une table et revient peu après doit en général se rasseoir avec au moins le tapis qu’il avait en partant.
Erreurs fréquentes en partie privée
- Donner tout le pot au joueur à tapis qui gagne : il n’a droit qu’au pot principal, jamais aux marches au-dessus de son tapis.
- Oublier l’argent mort : blinds et mises des joueurs couchés vont dans le pot principal, à partager entre tous les éligibles.
- Laisser des mises au-delà du tapis du dernier adversaire : sans adversaire pour les suivre, elles reviennent à leur propriétaire.
- Mélanger les jetons : en live, empilez chaque pot à part dès qu’il est créé.
Je préfère, en home game, désigner un seul joueur pour calculer les pots secondaires toute la soirée : moins de monde qui touche aux jetons, plus de précision. Avec trois tapis différents, le tableau du deuxième exemple se refait de tête en une minute une fois l’habitude prise.
Questions fréquentes
Un joueur à tapis peut-il gagner plus que sa mise ?
Oui, il peut gagner jusqu'à sa mise multipliée par le nombre de joueurs engagés dans le pot, lui compris, plus l'argent déjà présent au milieu. Il ne touche en revanche rien des pots secondaires qui se jouent au-dessus de son tapis.
Que devient l'argent misé par un joueur qui se couche ?
Il reste dans le pot où il a été misé. Le joueur couché perd ces jetons et n'a plus droit à aucun pot. Cet argent mort est ensuite gagné par le meilleur des joueurs encore éligibles à ce pot.
Combien de pots secondaires peut-il y avoir ?
Autant que de tapis différents engagés, moins un. Avec quatre joueurs à tapis tous de tailles différentes et un cinquième qui les couvre, on obtient un pot principal et jusqu'à quatre pots secondaires.
Qui montre ses cartes en premier quand quelqu'un est à tapis ?
Dès qu'il n'y a plus d'enchères possibles, toutes les mains impliquées se retournent, généralement avant la fin du board. Personne ne peut garder ses cartes cachées dans une situation de tapis suivi en tournoi.