Aller au texte
Blog

Histoire du poker, des bateaux du Mississippi aux solveurs

Par Ben, , 5 min de lecture

Photographie ancienne en noir et blanc de jeunes coursiers de la Western Union jouant au poker sur une caisse en bois, au début du XXe siècle
Des coursiers de Hartford absorbés par leur partie de poker, photographiés par Lewis Hine vers 1909. Crédit : Lewis Hine, Public domain (Wikimedia Commons)

L’histoire du poker commence dans le sud des États-Unis au début du XIXe siècle, avec un jeu de 20 cartes joué à quatre, et se poursuit aujourd’hui sur des serveurs où des programmes calculent des stratégies d’équilibre. Entre les deux : des vapeurs à aubes, des tripots texans, une télévision qui montre enfin les cartes et un comptable du Tennessee devenu champion du monde. Voici les dates qui comptent.

La Nouvelle-Orléans et le Mississippi, premier quart du XIXe siècle

La plus ancienne description fiable vient de l’acteur anglais Joseph Cowell, qui raconte avoir vu jouer en 1829 à la Nouvelle-Orléans un jeu à quatre joueurs avec un paquet de 20 cartes (As, Rois, Dames, Valets et 10). Chacun reçoit cinq cartes, on mise sur la meilleure main, sans tirage. Le nom vient très probablement du « poque », un jeu de cartes français pratiqué en Louisiane, cousin de l’allemand « pochen » et du « brag » anglais.

Le jeu remonte ensuite le fleuve sur les bateaux à vapeur, où se croisent planteurs, marchands et tricheurs professionnels. En 1843, l’écrivain Jonathan H. Green, ancien joueur repenti, décrit cette diffusion dans un livre consacré aux escroqueries de jeu. C’est à cette époque que le poker passe au paquet de 52 cartes, ce qui permet d’accueillir plus de joueurs et donne naissance à la couleur.

Guerre de Sécession et Far West : le jeu prend sa forme

Le XIXe siècle empile les innovations. Le tirage (draw poker) apparaît dans les manuels avant 1850. Pendant la guerre de Sécession, entre 1861 et 1865, les soldats popularisent le stud à cinq cartes, et la suite entre dans le classement. Les cartes « wild » arrivent vers 1875, le lowball et les pots partagés autour de 1900, les jeux à cartes communes dans les années 1920.

La hiérarchie des combinaisons qu’on apprend aujourd’hui dans l’ordre des mains est donc le fruit d’un demi-siècle de bricolage collectif, pas d’une invention unique. Le poker se joue alors dans les saloons, les camps miniers et les trains, avec une réputation de jeu de tricheurs qui lui colle longtemps à la peau.

Robstown, Las Vegas et la naissance de la WSOP

Le Texas Hold’em naît au début du XXe siècle à Robstown, au Texas : le parlement texan a reconnu officiellement la ville comme berceau du jeu par une résolution de 2007. La variante arrive à Las Vegas en 1963, au California Club, puis gagne le Golden Nugget et le Dunes. En 1967, un trio de joueurs texans, Crandell Addington, Doyle Brunson et Amarillo Slim, s’installe en ville et fait la promotion du No Limit.

En 1970, Benny Binion organise au Binion’s Horseshoe la première World Series of Poker. Sept joueurs, pas de freezeout : Binion fait voter les participants pour désigner le meilleur d’entre eux, et Johnny Moss l’emporte. L’année suivante, Moss gagne cette fois aux cartes, contre cinq adversaires. Le Main Event est resté en No Limit Hold’em depuis, et les champions des années 1970 deviennent des figures : Doyle Brunson gagne en 1976 et 1977 avec la même main, 10-2.

La télévision et Internet : 1998-2003

Trois innovations rapprochées changent l’échelle du jeu. En 1998, Planet Poker distribue la première main en argent réel sur Internet. En 1999, l’émission britannique Late Night Poker filme les cartes fermées des joueurs grâce à des caméras sous la table : le téléspectateur voit enfin les bluffs. En 2003, le World Poker Tour reprend le principe à la télévision américaine.

La même année, Chris Moneymaker, comptable amateur, se qualifie pour le Main Event de la WSOP via un satellite à 86 dollars sur PokerStars. Il bat 838 adversaires et repart avec 2,5 millions de dollars, après un face-à-face contre le professionnel Sam Farha. L’effet est immédiat : 2 576 inscrits en 2004 (gagné par un autre qualifié en ligne, Greg Raymer), 5 619 en 2005, puis 8 773 en 2006, quand Jamie Gold empoche 12 millions de dollars. Le terme « effet Moneymaker » désigne depuis ce raz-de-marée de nouveaux joueurs.

Coup de frein américain, ouverture française

En octobre 2006, les États-Unis votent l’UIGEA, qui coupe les flux bancaires vers les sites de jeu. Le 15 avril 2011, le « Black Friday » voit la justice américaine fermer l’accès aux principales salles internationales pour les joueurs du pays. Le centre de gravité du poker en ligne glisse vers l’Europe.

En France, la loi du 12 mai 2010 ouvre le marché des jeux en ligne à la concurrence. Le poker en ligne devient légal pour les opérateurs titulaires d’un agrément, délivré d’abord par l’ARJEL, puis par l’ANJ qui la remplace en 2020. Winamax, PokerStars et les autres salles françaises jouent alors sur une liquidité séparée du reste du monde, avant l’ouverture des tables partagées avec quelques pays voisins. Le Main Event de la WSOP, lui, a franchi la barre des 10 000 inscrits en 2023, puis établi son record en 2024 avec 10 112 joueurs.

Année Événement
1829 Joseph Cowell décrit le jeu à 20 cartes à la Nouvelle-Orléans
1861-1865 Stud à cinq cartes et suite pendant la guerre de Sécession
1970 Première WSOP au Binion’s Horseshoe, Johnny Moss élu champion
1998 Planet Poker, première partie en ligne en argent réel
2003 Victoire de Chris Moneymaker, qualifié en ligne
2010 Loi française d’ouverture des jeux en ligne
2017 Libratus bat quatre professionnels en heads-up No Limit
2019 Pluribus bat des professionnels à six joueurs

L’ère des machines : de Cepheus aux solveurs grand public

En janvier 2015, l’université de l’Alberta publie dans Science les travaux de Cepheus, un programme qui résout pratiquement le heads-up Limit Hold’em. En 2017, Libratus, conçu à Carnegie Mellon, bat quatre spécialistes du heads-up No Limit sur 120 000 mains. En 2019, Pluribus fait de même à six joueurs.

Pendant ce temps, les solveurs commerciaux, apparus au milieu des années 2010, passent des mains des professionnels à celles des joueurs de petites limites. Les ranges d’ouverture, les tailles de continuation bet et les fréquences de bluff se standardisent. Le poker des années 2020 se travaille autant devant un écran d’analyse qu’à la table, ce qui n’empêche pas l’amateur d’aujourd’hui de rêver au même parcours que Moneymaker.

Questions fréquentes

Qui a inventé le poker ?

Personne en particulier. Le jeu s'est formé en Louisiane au début du XIXe siècle à partir de jeux européens comme le poque français, le pochen allemand et le brag anglais. Les combinaisons et les variantes se sont ajoutées par couches successives jusqu'au début du XXe siècle.

D'où vient le mot poker ?

L'hypothèse la plus répandue le rattache au poque, un jeu de mise français joué à la Nouvelle-Orléans. Prononcé à l'anglaise, poque serait devenu poker. Le mot allemand pochen, qui signifie frapper ou cogner, est souvent cité comme ancêtre commun.

Quand le Texas Hold'em est-il apparu ?

Au début du XXe siècle, à Robstown, au Texas, selon la reconnaissance officielle votée par le parlement texan en 2007. La variante n'atteint Las Vegas qu'en 1963. Elle devient la référence mondiale quand la WSOP en fait son Main Event à partir de 1970.

Depuis quand le poker en ligne est-il légal en France ?

Depuis la loi du 12 mai 2010, qui a ouvert à la concurrence les paris sportifs, les paris hippiques et le poker en ligne. Seuls les opérateurs agréés peuvent proposer des parties aux joueurs résidant en France. L'agrément relève aujourd'hui de l'Autorité nationale des jeux.

Pour continuer