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Tournois

ICM : la valeur des jetons en table finale

Par Ben, mis à jour le 24/10/2026, 6 min de lecture

L’ICM au poker (Independent Chip Model) attribue une valeur en euros à chaque tapis d’un tournoi, en fonction des gains restant à distribuer. Son enseignement principal : un jeton gagné vaut moins qu’un jeton perdu, parce que doubler son tapis ne double pas ses gains, alors que sauter coûte tout. Il sert à décider en fin de tournoi et à négocier un partage en table finale.

Pourquoi les jetons ne valent pas leur poids en euros

En cash game, 100 € de jetons valent 100 €. En tournoi, la valeur d’un tapis dépend de la grille de paiement. Imaginez trois joueurs restants qui se disputent 1 000 € répartis en 500 €, 300 € et 200 €. Chacun a déjà 200 € assurés. Le joueur qui possède la moitié des jetons ne vaut pas la moitié du prize pool : il ne peut jamais toucher plus de 500 €, alors que le plus petit tapis peut encore finir premier.

Le modèle le plus utilisé, dit de Malmuth-Harville, fait une hypothèse simple : la probabilité de finir premier est proportionnelle au tapis. Pour les places suivantes, on répète le calcul sur les joueurs restants.

Exemple chiffré à trois joueurs

Prize pool restant : 500 € / 300 € / 200 €. Tapis : A 5 000 jetons, B 3 000, C 2 000 (10 000 au total).

  • Première place : A 50 %, B 30 %, C 20 %, en proportion des jetons.
  • Deuxième place de A : si B gagne (30 %), A finit deuxième avec la probabilité 5 000 / 7 000 ; si C gagne (20 %), avec 5 000 / 8 000. Total : 0,30 × 0,714 + 0,20 × 0,625 = 33,9 %.
  • Deuxième place de B : 0,50 × 3/5 + 0,20 × 3/8 = 37,5 %.
  • Deuxième place de C : 0,50 × 2/5 + 0,30 × 2/7 = 28,6 %.
  • Troisième place : le complément. A 16,1 %, B 32,5 %, C 51,4 %.

Valeur de chaque tapis :

Joueur Jetons Part des jetons Valeur ICM Valeur au prorata des jetons
A 5 000 50 % 383,93 € 500 €
B 3 000 30 % 327,50 € 300 €
C 2 000 20 % 288,57 € 200 €

Le gros tapis vaut bien moins que la moitié du prize pool, le petit bien plus que 20 %. En ICM, les petits tapis sont « subventionnés » par les gros : le plancher de 200 € joue pour tout le monde, et le plafond de 500 € freine le leader.

Le prix d’un call en table finale

Même configuration. A pousse 5 000 jetons, C se couche, B doit décider s’il paie avec ses 3 000.

  • B gagne : il passe à 6 000, A tombe à 2 000, C reste à 2 000. Valeur ICM de B : 410 €.
  • B perd : il est éliminé troisième et touche 200 €.
  • B se couche : il reste à 3 000 jetons, soit 327,50 €.

Pour que le call soit rentable, il faut une équité e telle que e × 410 + (1 − e) × 200 dépasse 327,50, soit e supérieur à 60,7 %. En raisonnant en jetons, 50 % suffiraient : B risque 3 000 pour en gagner 3 000. Ces dix points d’écart forment ce qu’on appelle la prime de risque. Une main comme A♣ J♠, qui serait un call facile en cash game face à un tapis large, devient un abandon correct dans bien des configurations de table finale.

Le joueur qui pousse profite de cette asymétrie. A peut mettre B sous pression avec une range très large, car B ne peut payer qu’avec le haut de sa range. C’est la raison pour laquelle le chip leader d’une table finale semble « tout jouer » : il exploite simplement l’ICM.

Les situations où l’ICM pèse le plus

  • La bulle : perdre coûte tout le gain minimum, gagner ne rapporte que des jetons. La prime de risque atteint des niveaux énormes pour les tapis moyens.
  • Les tables finales à grille pentue : chaque élimination fait monter tout le monde d’un palier ; plus l’écart entre deux places est grand, plus il vaut la peine d’attendre.
  • Les satellites : cas extrême, puisque tous les qualifiés gagnent la même chose. Un tapis qui est sûr de se qualifier peut jeter A♠ A♥ préflop sans faire d’erreur.
  • Les Sit & Go à plusieurs places payées : à 4 joueurs restants dans un 9 joueurs payé 50/30/20, l’ICM dicte presque chaque tapis.

À l’inverse, il disparaît dans les formats où le vainqueur prend tout et pèse peu en début de MTT, quand l’argent est encore loin. Le jouer trop tôt mène à un jeu exagérément prudent qui laisse filer des jetons faciles.

Jouer le gros tapis et le petit tapis

Le chip leader a intérêt à ouvrir presque toutes les mains contre les tapis moyens qui le craignent, et à éviter le petit tapis désespéré qui va pousser large et payer large. Il garde aussi ses gros affrontements pour les mains très fortes face au deuxième tapis : perdre un gros pot contre lui redistribue toute la hiérarchie de la table.

Le petit tapis, à l’inverse, profite de la prudence des autres. Chaque élimination adverse lui rapporte un palier sans qu’il ait joué un coup ; il peut donc se permettre d’attendre un peu plus qu’en milieu de tournoi, tant que les blinds ne le mettent pas en danger immédiat. Le tapis moyen, coincé entre les deux, subit la plus forte prime de risque et doit se coucher le plus souvent face au leader.

Les limites du modèle

L’ICM classique ne tient compte ni des blinds à venir, ni de la position autour de la table, ni de l’écart de niveau entre joueurs. Un tapis de 2 000 qui doit payer la grosse blind au prochain coup vaut moins que ce qu’indique le modèle ; un joueur nettement plus fort que la table vaut plus que sa part ICM. Les outils récents (HoldemResources Calculator, ICMIZER et les solveurs de tournoi) ajoutent des simulations des mains suivantes, appelées Future Game Simulation, pour corriger le défaut.

Il reste un excellent garde-fou. Dans le doute en fin de tournoi, la question « combien est-ce que je perds en euros si je saute sur ce coup ? » corrige la plupart des tapis trop optimistes.

Les deals en table finale

En live, et dans certaines salles en ligne qui le permettent, les derniers joueurs peuvent s’entendre pour répartir l’argent restant plutôt que de le jouer jusqu’au bout. Deux méthodes dominent :

  • Chip chop : chacun reçoit le gain de la dernière place restante, puis le reste est réparti au prorata des jetons.
  • Deal ICM : chacun reçoit sa valeur ICM.

Sur l’exemple précédent, les 600 € garantis sont déjà acquis (200 € chacun) et les 400 € restants se partagent au prorata en chip chop : A 400 €, B 320 €, C 280 €. En ICM : A 383,93 €, B 327,50 €, C 288,57 €. Le chip chop favorise toujours le gros tapis, l’ICM les petits ; c’est pour cela que le chip leader propose volontiers le premier, et que les autres réclament le second.

Les deals se règlent souvent entre les deux, avec une somme laissée en jeu pour le vainqueur et le titre. Le directeur de tournoi enregistre l’accord ; il ne le propose jamais lui-même. La table finale reprend ensuite normalement, avec des enjeux réduits.

Questions fréquentes

Que signifie ICM au poker ?

ICM signifie Independent Chip Model. C'est un modèle qui convertit les tapis des joueurs restants en valeur monétaire, à partir de la grille des gains et de la probabilité de finir à chaque place.

Quand faut-il tenir compte de l'ICM ?

Dès que la grille des gains crée de gros écarts entre deux éliminations : bulle, approche et déroulement de la table finale, fin de satellite, Sit & Go à plusieurs places payées. Il ne sert à rien quand seul le vainqueur est payé.

Comment se calcule un chip chop ?

Chaque joueur reçoit en premier le montant de la plus petite place encore à attribuer. Le reste du prize pool est ensuite divisé au prorata des jetons de chacun.

Quel logiciel utiliser pour calculer l'ICM ?

HoldemResources Calculator et ICMIZER sont les plus répandus chez les joueurs de tournoi. Pour un deal en table finale, une simple calculatrice ICM en ligne ou sur smartphone suffit.

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