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Stratégie

Ranges : raisonner en fourchettes de mains

Par Ben, mis à jour le 24/10/2026, 6 min de lecture

Une range poker est l’ensemble des mains qu’un joueur peut avoir à un moment donné, d’après le siège qu’il occupe et la façon dont il a misé jusque-là. Raisonner en range plutôt qu’en main unique évite de deviner : on pèse toutes les mains possibles, on compte leurs combinaisons, et on choisit l’action qui gagne le plus contre l’ensemble. C’est la façon de penser qui sépare un joueur régulier d’un débutant.

La notation

Les ranges s’écrivent avec une notation compacte, commune aux forums, aux trackers et aux solveurs :

  • Une paire : 77 désigne la paire de 7. 77+ désigne 77 et toutes les paires au-dessus, jusqu’à AA.
  • « s » et « o » : AKs pour As-Roi assortis (suited), AKo pour As-Roi dépareillés (offsuit). AK sans lettre couvre les deux.
  • Le « + » sur une main non appariée fait monter la seconde carte : AJs+ couvre AJs, AQs, AKs. KTo+ couvre KTo, KJo, KQo.
  • Le tiret donne un intervalle : A5s-A2s couvre A5s, A4s, A3s, A2s ; 99-66 couvre 99, 88, 77, 66 ; T9s-65s, par convention courante, les connecteurs assortis de T9s à 65s.

Les outils (Equilab, Flopzilla, solveurs) affichent les ranges sous forme de grille de 13 × 13 cases : paires sur la diagonale, mains assorties au-dessus, dépareillées en dessous.

Compter les combinaisons

Toutes les mains ne pèsent pas le même poids dans une range. Le compte de base :

Type de main Combinaisons Exemple
Paire 6 Q♠ Q♥, Q♠ Q♦, Q♠ Q♣, Q♥ Q♦, Q♥ Q♣, Q♦ Q♣
Main assortie 4 A♠ J♠, A♥ J♥, A♦ J♦, A♣ J♣
Main dépareillée 12 A♠ J♥, A♠ J♦… (4 × 3)
Main non appariée, toutes couleurs 16 AJ = 4 assorties + 12 dépareillées

Quelques totaux utiles : 77+ fait 48 combinaisons, QQ+ en fait 18, AJs+ en fait 12, KTo+ en fait 36. Une fourchette de 77+, AJs+, KQs, AQo+ compte 88 combinaisons, soit 6,6 % des 1 326 mains possibles.

Conséquence pratique : AK (16 combinaisons) est presque trois fois plus fréquent que AA (6). Face à un tapis préflop d’un joueur qui ne pousse que AA, KK et AK, la main la plus probable en face est AK : 16 combinaisons contre 12 pour les deux paires réunies.

Le retrait des cartes

Les cartes visibles, sur le board ou dans votre main, retirent des combinaisons. Sur un flop K♥ 9♣ 4♦ :

  • KK passe de 6 à 3 combinaisons (un Roi est au board) ;
  • AK passe de 16 à 12 ;
  • 99 et 44 passent de 6 à 3 chacune.

Si vous tenez en plus A♠ K♠, les combinaisons de AK adverses tombent à 6 (3 As × 2 Rois restants), et KK à une seule. C’est l’effet blocker, très utile pour estimer les mains fortes adverses.

Sur un board apparié comme Q♠ Q♦ 7♣, il ne reste que deux Dames dans le paquet. AQ ne compte plus que 8 combinaisons (4 As × 2 Dames), KQ autant, et la paire de Dames servie une seule. Un adversaire qui relance fort sur ce flop a donc beaucoup moins souvent le brelan qu’on ne l’imagine au premier regard.

Réduire une range au fil des rues

Chaque action adverse retire des mains de sa fourchette. Exemple : un joueur serré, qui 4-bette rarement, paie votre 3-bet. Sa fourchette estimée : 77+, AJs+, KQs, AQo+, soit 88 combinaisons préflop.

Flop K♥ 9♣ 4♦. Après retrait des cartes visibles, il reste 77 combinaisons, qui se répartissent ainsi :

  • Brelans (KK, 99) : 6 combinaisons ;
  • Top paire (AK, KQs) : 15 combinaisons ;
  • Overpair (AA) : 6 combinaisons ;
  • Paires sous le Roi (QQ, JJ, TT, 88, 77) : 30 combinaisons ;
  • Rien (AQ, AJs) : 20 combinaisons.

Vous faites un c-bet et il relance. Les paires sous le Roi et les mains sans paire se couchent le plus souvent ; sa fourchette de relance se concentre sur les brelans et une partie de AK, avec peut-être AA. Soit environ 15 à 25 combinaisons, presque toutes devant une main comme Q♦ Q♣. Sans la décomposition, le call « pour voir » semble raisonnable ; avec elle, il ne l’est plus.

À l’inverse, s’il se contente de payer le c-bet et checke la turn 2♠, les brelans et une partie de AK auraient souvent relancé ou misé : sa range penche vers les paires moyennes, et une seconde mise de valeur avec A♥ K♣ devient plus rentable.

Traduire les statistiques en fourchette

Face à un inconnu, le HUD donne une première estimation. Le PFR, pourcentage de mains relancées avant le flop, se convertit presque directement en fourchette d’ouverture :

  • Environ 10 % : 77+, ATs+, KTs+, QJs, AJo+, KQo (128 combinaisons, 9,7 %). Profil très serré, typique d’un joueur prudent à neuf joueurs.
  • Environ 13 % : 55+, A9s+, KTs+, QTs+, JTs, ATo+, KJo+ (176 combinaisons, 13,3 %).
  • Environ 26 % : toutes les paires, tous les As assortis, beaucoup de connecteurs assortis et les cartes hautes dépareillées jusqu’à A7o, KTo, QTo, JTo (350 combinaisons, 26,4 %). C’est l’ordre de grandeur d’une ouverture au cut-off en 6-max.

Le PFR global mélange tous les sièges ; un joueur à 18 % de PFR ouvre peut-être 12 % sous le pistolet et 40 % au bouton. Les trackers affichent le détail par siège dès que l’échantillon le permet, et c’est ce chiffre-là qui sert. En dessous de quelques centaines de mains contre un joueur, les statistiques restent indicatives ; au-delà de quelques milliers, elles deviennent fiables pour les actions fréquentes comme l’ouverture et le c-bet.

Polarisée, linéaire, condensée

La forme d’une range compte autant que son contenu.

  • Polarisée : des mains très fortes et des bluffs, sans le milieu. C’est la forme typique d’une grosse mise à la river ou d’un 4-bet : soit la main est en tête, soit elle n’a presque rien.
  • Linéaire (ou « merged ») : les meilleures mains dans l’ordre, sans trou. C’est la forme d’une relance d’ouverture ou d’un 3-bet contre un joueur qui paie trop.
  • Condensée : surtout des mains moyennes, sans les meilleures ni les pires. C’est la range d’un joueur qui a seulement payé, qui aurait relancé avec ses monstres et jeté ses mains faibles. On dit aussi « plafonnée ».

Lire la forme de la fourchette adverse oriente la décision. Face à une range polarisée, une main moyenne bat tous les bluffs et perd contre toute la valeur : payer dépend du ratio entre les deux. Face à une range condensée, les grosses mises de valeur et les bluffs gagnent en efficacité, parce que l’adversaire a rarement le haut du panier.

Penser à sa propre range

L’adversaire attentif lit aussi la vôtre. Si vous ne misez la turn qu’avec vos mains fortes, il se couche à chaque mise et paie quand vous checkez. Construire sa propre range consiste à placer, dans chaque ligne de jeu, un mélange de mains qui rend vos actions difficiles à lire.

Je me pose la question à chaque mise importante : avec quelles autres mains aurais-je fait exactement la même chose ? Si la liste ne contient que de la valeur, un bon joueur se couchera ; si elle ne contient que des bluffs, il paiera.

Aux petites limites, l’équilibre parfait a peu d’intérêt : la plupart des adversaires ne savent pas l’exploiter. Je préfère partir d’une range de base proche de celle des solveurs, puis la déformer selon le joueur en face : plus de valeur contre ceux qui paient, plus de bluffs contre ceux qui se couchent.

Questions fréquentes

Que veut dire range au poker ?

Une range est la fourchette de mains qu'un joueur peut avoir à un instant donné, d'après son siège et ses actions. On parle aussi de fourchette de mains. Raisonner en range consiste à décider contre l'ensemble de ces mains plutôt que contre une seule.

Que signifie AJs+ au poker ?

AJs+ désigne As-Valet assortis et toutes les mains assorties avec un As et une carte plus haute que le Valet : AJs, AQs et AKs. Cela représente 12 combinaisons. Le « s » signifie suited, c'est-à-dire de la même couleur.

Combien y a-t-il de combinaisons de mains au Texas Hold'em ?

Il y a 1 326 combinaisons de deux cartes, regroupées en 169 mains distinctes. Une paire compte 6 combinaisons, une main assortie 4, une main dépareillée 12. Ce comptage sert à peser les mains d'une fourchette.

Qu'est-ce qu'une range polarisée ?

C'est une fourchette composée de mains très fortes et de bluffs, sans mains moyennes. On la retrouve dans les grosses mises à la river ou les 4-bets. Face à elle, une main moyenne bat les bluffs mais perd contre toute la valeur.

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