Films et séries sur le poker
Le film de poker obéit à une règle presque immuable : une dernière main à tapis, des cartes improbables et un héros qui joue sa vie sur une river. Certains sont réalistes, d’autres franchement fantaisistes ; tous ont façonné l’image du jeu. Voici ceux qui méritent une soirée, avec un regard de joueur sur ce qui se passe à table.
Le Kid de Cincinnati (1965), le stud à son sommet
Réalisé par Norman Jewison, le film oppose Steve McQueen, jeune prodige du stud, à Edward G. Robinson dans le rôle de Lancey « The Man » Howard, le maître du stud venu défier les joueurs de La Nouvelle-Orléans. On y joue du stud à cinq cartes, la variante reine de l’époque, avec une seule carte cachée.
La main finale est célèbre pour son invraisemblance : le Kid touche un full aux as par les dix et perd contre une quinte flush à la dame. Statistiquement, c’est une collision qu’on ne verra jamais deux fois dans une vie de joueur ; dramatiquement, c’est la scène qui fait le film. Le reste, notamment le rythme des parties et la gestion des cartes visibles, reste une bonne introduction au Stud.
Les Joueurs (Rounders, 1998), le film des joueurs
Si un film a envoyé des milliers de jeunes aux tables de Texas Hold’em, c’est celui de John Dahl. Matt Damon y joue Mike McDermott, étudiant en droit et joueur doué, face à John Malkovich en Teddy KGB, patron d’un club de jeu russe à New York, et avec Edward Norton dans le rôle de Worm, l’ami tricheur qui l’entraîne vers le fond. Johnny Chan y fait une apparition.
C’est le film le plus juste sur la vie de joueur : la bankroll qui fond, les dettes des autres, la tentation de monter trop haut trop vite. Le vocabulaire est exact, les tells de Teddy KGB (le biscuit qu’il ouvre) sont devenus des références. Je le revois une fois par an, et sa leçon centrale n’a pas pris une ride : la discipline.
Maverick (1994) et Casino Royale (2006), le spectacle avant tout
Dans Maverick de Richard Donner, Mel Gibson, Jodie Foster et James Garner traversent l’Ouest jusqu’à un grand tournoi sur un bateau à aubes. La dernière main repose sur une carte tirée au tirage : Maverick a besoin de l’as de pique pour compléter une quinte flush royale, et il la touche. Le film ne se prend jamais au sérieux, et c’est sa force.
Casino Royale, réalisé par Martin Campbell, remplace le baccara du roman d’Ian Fleming par le Texas Hold’em No Limit, signe de l’explosion du jeu au milieu des années 2000. La main finale réunit une couleur, deux fulls et la quinte flush de James Bond (Daniel Craig) sur un board A-8-6-4-A. Quatre mains monstrueuses dans le même pot : un joueur de tracker y verra une probabilité infinitésimale, un spectateur une scène parfaitement réglée.
Le Grand Jeu, Mississippi Grind : le poker sans héroïsme
Le Grand Jeu (Molly’s Game, 2017), première réalisation d’Aaron Sorkin, adapte le livre de Molly Bloom, organisatrice de parties privées à très gros enjeux à Los Angeles puis New York. Jessica Chastain tient le rôle-titre, face à Idris Elba en avocat. Le film parle moins de cartes que d’argent, de clients célèbres et de justice, mais il montre bien l’économie d’une partie privée.
Mississippi Grind (2015), d’Anna Boden et Ryan Fleck, suit Ben Mendelsohn et Ryan Reynolds dans une virée de casino en casino le long du Mississippi. C’est le portrait le plus honnête du joueur qui perd, de la superstition et de la fuite en avant. Pas une scène de poker ne ressemble à un tutoriel ; toutes sonnent juste.
Biographies et WSOP à l’écran
High Roller: The Stu Ungar Story (2003) retrace la vie de Stu Ungar, joué par Michael Imperioli, triple vainqueur du Main Event des WSOP (1980, 1981, 1997), génie du gin rummy et du Hold’em, mort à 45 ans. Le film est inégal, mais il fait connaître une figure clé de l’histoire du poker.
Lucky You (2007), de Curtis Hanson, avec Eric Bana, Drew Barrymore et Robert Duvall, se déroule pendant les WSOP de 2003, l’année où Chris Moneymaker, qualifié en ligne, a remporté le Main Event. Le film rate un peu son histoire d’amour, mais les scènes de tournoi, tournées avec de nombreux professionnels en figuration, sont crédibles.
| Film | Année | Jeu | Réalisme à table |
|---|---|---|---|
| Le Kid de Cincinnati | 1965 | Stud à cinq cartes | Bon, sauf la main finale |
| Maverick | 1994 | Poker fermé | Faible, assumé |
| Les Joueurs | 1998 | Texas Hold’em | Très bon |
| Casino Royale | 2006 | Hold’em No Limit | Faible sur la main finale |
| Lucky You | 2007 | Hold’em, WSOP | Bon |
| Mississippi Grind | 2015 | Divers jeux de casino | Juste sur le joueur |
| Le Grand Jeu | 2017 | Parties privées | Juste sur l’organisation |
À la télévision : la caméra sous la table
Le poker est devenu un spectacle télévisé grâce à une invention simple : la caméra qui montre les cartes privatives. L’émission britannique Late Night Poker, lancée en 1999 sur Channel 4, a popularisé ces « hole cams ». Les Américains ont suivi avec High Stakes Poker à partir de 2006, des parties de cash game à très gros enjeux, puis Poker After Dark.
Côté documentaire, Bet Raise Fold (2013) raconte la fermeture du poker en ligne aux États-Unis en avril 2011, le « Black Friday », vue par des joueurs qui en vivaient. Un faux ami pour finir : la série Poker Face de Rian Johnson, avec Natasha Lyonne, n’a rien à voir avec les cartes ; son héroïne sait simplement reconnaître un mensonge. Je la recommande quand même, mais pas pour travailler ses tells.
Questions fréquentes
Quel est le meilleur film sur le poker ?
Les Joueurs (Rounders, 1998) est le plus souvent cité par les joueurs, pour son réalisme sur la vie de joueur et la gestion d'argent. Le Kid de Cincinnati reste la référence pour le stud et l'époque classique.
Quelle est la main finale de Casino Royale ?
Sur un board A-8-6-4-A, James Bond gagne avec une quinte flush contre deux fulls et une couleur. Une combinaison spectaculaire, mais d'une probabilité quasi nulle en partie réelle.
Le film Les Joueurs est-il réaliste ?
Sur la vie de joueur, oui : bankroll, dettes, tentation de jouer trop haut. Certaines mains sont romancées pour le spectacle, mais le vocabulaire et l'ambiance des clubs sont fidèles.
Existe-t-il des documentaires sur le poker ?
Oui, par exemple Bet Raise Fold (2013), consacré au Black Friday du poker en ligne américain en 2011. Les émissions comme High Stakes Poker montrent aussi de vraies parties, cartes visibles.