Jeu préflop : open, 3-bet et 4-bet
En 3-bet poker, on désigne la relance d’une première relance avant le flop : un joueur ouvre, un autre sur-relance. C’est l’arme principale du jeu préflop moderne, avec deux usages : grossir le pot avec les meilleures mains et prendre le pot immédiatement avec des mains choisies pour leurs blockers ou leur jouabilité. Le schéma complet tient en quatre actions : open, 3-bet, 4-bet, et parfois 5-bet tapis.
Le vocabulaire des relances
Le décompte part de la grosse blind, considérée comme la première « mise ». D’où des noms qui surprennent au début :
- Open raise (ou open) : première relance quand personne n’est entré. C’est techniquement la deuxième mise, d’où le nom de 2-bet parfois utilisé.
- 3-bet : relance d’un open.
- 4-bet : relance d’un 3-bet.
- 5-bet : relance d’un 4-bet, presque toujours à tapis avec 100 grosses blinds.
- Squeeze : 3-bet après un open et un ou plusieurs calls.
- Cold call : payer un open sans avoir mis d’argent au pot, ou payer directement un 3-bet sans avoir ouvert.
Combien ouvrir
La taille d’ouverture dépend du format et du siège. Les montants courants :
- En ligne, cash game 6-max : 2 à 2,5 BB depuis tous les sièges sauf la petite blind, souvent un peu plus gros (3 BB) depuis la petite blind, qui jouera hors de position.
- En tournoi : 2 à 2,3 BB dès que les antes sont en jeu, parce que le pot de départ est déjà plus gros.
- En live, petites limites : 3 à 5 BB sont courants à 1/2 €, parce que les joueurs paient davantage ; une ouverture à 2 BB y fait entrer trop de monde.
- Isolation d’un limpeur : environ 3 BB plus 1 BB par joueur entré, davantage hors de position.
Je préfère une taille unique par siège, quelle que soit la main : ouvrir plus gros avec A♠ A♣ et plus petit avec 6♥ 5♥ donne une information gratuite aux adversaires attentifs, et les trackers adverses la repèrent vite.
Le 3-bet : valeur, bluff et taille
Face à un open, trois réponses existent : se coucher, payer, relancer. Le 3-bet se construit avec deux familles de mains.
Les mains de valeur
Elles veulent être payées : Q♥ Q♦, K♣ K♠, A♦ A♥, A♠ K♣, et selon l’ouvreur A♥ Q♥ ou J♣ J♦. Contre une ouverture du bouton, la fourchette de valeur s’élargit, parce que le bouton ouvre près de la moitié des mains.
Les bluffs
Ils n’ont pas besoin d’être payés, mais doivent garder des atouts quand ils le sont. Les candidats classiques :
- A5s à A2s : la présence d’un As réduit les combinaisons de AA adverses de 6 à 3 et celles de AK de 16 à 12, et la main peut finir en couleur max ou en quinte.
- Connecteurs assortis comme 7♠ 6♠ ou 6♥ 5♥ : ils jouent bien après le flop.
- Cartes hautes assorties de second rang, comme K♦ 9♦ ou Q♣ T♣, contre les ouvertures larges.
Exemple de range de 3-bet du bouton contre une ouverture du cut-off : QQ+, AKs, AKo, AQs pour la valeur (38 combinaisons) ; A5s, A4s, 76s, 65s en bluff (16 combinaisons). Soit 54 combinaisons, 4,1 % des mains, dont environ 70 % de valeur et 30 % de bluff.
La taille
- En position : environ 3 fois l’open. Contre une ouverture à 2,5 BB, un 3-bet à 7,5 ou 8 BB.
- Hors de position (depuis les blinds) : 3,5 à 4,5 fois l’open, soit 9 à 11 BB, pour compenser le désavantage postflop.
- Squeeze : ajoutez environ un open par joueur ayant payé.
Le calcul derrière un 3-bet bluff
Le cut-off ouvre à 2,5 BB, vous 3-bettez à 8 BB au bouton avec A♣ 4♣. Avant votre relance, le pot contient 4 BB (l’open, la petite blind, la grosse blind). Vous risquez 8 BB pour en gagner 4 : le bluff est à l’équilibre si tout le monde se couche dans 8 / (8 + 4) = 66,7 % des cas.
Ce seuil paraît élevé, mais il oublie deux choses. Quand le cut-off paie, A♣ 4♣ garde près de 40 % d’équité contre sa fourchette de call, plus la position ; quand il 4-bette, vous vous couchez en ayant perdu 8 BB, pas un tapis. Un 3-bet bluff n’a donc pas besoin d’atteindre 66,7 % de fold pour être rentable, à condition de choisir des mains qui jouent correctement une fois payées.
Le squeeze suit la même logique avec un pot plus gros. Le cut-off ouvre à 2,5 BB, le bouton paie, vous relancez à 12 BB depuis la petite blind. Le pot contient déjà 6,5 BB ; vous ajoutez 11,5 BB à votre demi-blind. Le seuil de rentabilité d’un bluff pur tombe à 11,5 / (11,5 + 6,5) = 63,9 %. Surtout, le joueur qui a seulement payé au bouton a une fourchette plafonnée : avec A♠ A♦ ou K♣ K♥, il aurait le plus souvent 3-betté lui-même. Il se couche donc souvent, et l’ouvreur doit défendre en sachant qu’un joueur reste à parler derrière lui.
Répondre à un 3-bet
Votre ouverture se fait 3-better : il faut décider avec quelles mains continuer. Reprenons le cut-off qui ouvre 25,8 % des mains, soit 342 combinaisons. Une défense raisonnable contre un 3-bet en position du bouton :
- 4-bet : QQ+, AK pour la valeur, A5s en bluff (38 combinaisons) ;
- Call : JJ à 77, AQs à ATs, KQs, KJs, QJs, JTs, T9s, AQo (74 combinaisons) ;
- Fold : tout le reste.
Le cut-off continue ainsi avec 112 combinaisons sur 342, soit 32,7 %, et se couche dans 67,3 % des cas. On retrouve le seuil du calcul précédent : un 3-bet bluff au bouton est quasiment à l’équilibre avant même de compter son équité. Ce n’est pas un hasard, les fourchettes d’équilibre des solveurs s’organisent autour de ce type de seuils.
Hors de position face à un 3-bet du bouton, la défense se resserre : les mains moyennes comme KJs ou A♥ T♥ réalisent mal leur équité, et le 4-bet ou le fold remplacent une partie des calls.
Le 4-bet et le tapis
Avec des tapis de 100 BB, le 4-bet se fait à environ 2,2 à 2,5 fois le 3-bet en position, un peu plus hors de position. Contre un 3-bet à 8 BB, un 4-bet à 20 ou 22 BB. Cette taille laisse une décision claire au 3-better : se coucher, payer, ou partir à tapis.
La range de 4-bet est en général polarisée : les meilleures mains (KK+, souvent QQ et AK) et quelques bluffs à blockers, typiquement A5s. Les mains intermédiaires comme J♣ J♠ ou A♦ Q♣ préfèrent souvent payer un 3-bet plutôt que de 4-better et de devoir se coucher face au tapis.
Face à un 4-bet, l’équité compte plus que tout. A♥ K♦ contre une fourchette {QQ+, AK} n’a qu’environ 39 % : contre un joueur qui ne 4-bette que ces mains, payer un tapis de 100 BB avec AK ne se justifie pas toujours. Contre une fourchette de 4-bet plus large incluant des bluffs, la décision bascule.
Linéaire ou polarisé
Deux structures de range de 3-bet existent :
- Linéaire (ou « merged ») : les meilleures mains, puis les suivantes dans l’ordre, sans trou. Elle convient contre des joueurs qui paient trop et ne 4-bettent jamais, en particulier aux petites limites.
- Polarisée : les meilleures mains et des bluffs, en payant avec les mains intermédiaires. Elle convient en position contre des adversaires capables de 4-better.
Aux tables de NL2 à NL10, j’utilise surtout une range linéaire hors de position et une range polarisée au bouton contre les réguliers qui défendent bien.
Questions fréquentes
Que signifie 3-bet au poker ?
Le terme désigne une sur-relance avant le flop, en réponse à une ouverture. La grosse blind compte comme la première mise, l'ouverture comme la deuxième, d'où le nom. Le 3-bet sert à jouer un pot plus gros avec une main forte ou à prendre le pot tout de suite.
Quelle taille pour un 3-bet ?
Environ trois fois l'ouverture en position, et de 3,5 à 4,5 fois hors de position. Contre une ouverture à 2,5 BB, cela donne 7,5 à 8 BB au bouton et 9 à 11 BB depuis les blinds. En live, où les ouvertures sont plus grosses, le même multiplicateur s'applique.
Avec quelles mains faire un 4-bet ?
Avec les meilleures mains, KK et AA, souvent QQ et AK, et quelques bluffs comme A5s qui bloquent les As adverses. La range de 4-bet est le plus souvent polarisée. Les mains moyennes comme JJ préfèrent généralement payer le 3-bet.
Faut-il payer un 3-bet avec une petite paire ?
En position et avec des tapis profonds, payer un 3-bet avec 66 ou 77 reste possible pour toucher un set. Il faut toutefois des tapis effectifs nettement supérieurs au montant à payer. Hors de position ou avec des tapis courts, le fold est généralement préférable.