Les coups les plus improbables de l’histoire du poker
Un bad beat célèbre, c’est une main où le favori perd contre toute logique, devant des caméras ou avec un titre en jeu, au point de rester dans les mémoires des années plus tard. L’histoire de la WSOP en compte plusieurs, auxquels s’ajoutent des bluffs et des calls que personne n’aurait cru possibles. Voici les coups les plus marquants, avec les cartes exactes et les probabilités recalculées.
1976 et 1977 : Doyle Brunson gagne deux fois avec 10-2
10-2 dépareillé est l’une des pires mains du Texas Hold’em. Doyle Brunson a pourtant remporté deux Main Events consécutifs avec elle. En 1976, face à 21 adversaires, il finit le tournoi avec 10♠ 2♠ et empoche 220 000 dollars. En 1977, sur un field de 34 joueurs, la dernière main de son second titre se joue avec 10♠ 2♥, pour 340 000 dollars.
Le coup tient de la coïncidence plus que du bad beat, mais il a donné son surnom à la main : depuis, 10-2 s’appelle souvent « la Doyle Brunson » à la table.
2000 : le neuf de Chris Ferguson
La finale de la WSOP 2000 réunit Chris Ferguson et T.J. Cloutier en face-à-face, sur un field de 512 joueurs. Dans la dernière main, Cloutier met son tapis avec A-Q, Ferguson paie avec A-9. Dominé, Ferguson n’a plus qu’une porte de sortie : un neuf. Il tombe à la river. Ferguson gagne 1 500 000 dollars, Cloutier repart avec 896 500 dollars.
A-9 contre A-Q dépareillés gagne environ 24 % du temps préflop, avec un peu plus de 5 % de partages. C’est donc peu probable, mais loin d’être miraculeux : le souvenir tient surtout à l’enjeu.
2003 : le bluff de Moneymaker contre Farha
En face-à-face pour le titre, Chris Moneymaker (environ 4,6 millions de jetons) affronte Sam Farha (3,7 millions) aux blinds 20 000/40 000 avec 5 000 d’ante. Moneymaker relance au bouton avec K♠ 7♥, Farha suit avec Q♠ 9♥. Le flop 9♠ 2♦ 6♠ donne une paire de neuf à Farha ; les deux joueurs checkent.
Turn 8♠ : Farha mise 300 000, Moneymaker relance à 800 000. Il n’a rien de fait, mais il tient un tirage couleur au Roi et un tirage quinte bilatéral : un semi-bluff solide. Farha paie. River 3♥ : aucun tirage n’est rentré, Moneymaker n’a qu’une hauteur Roi. Farha checke, Moneymaker pousse tout. Farha se couche avec la meilleure main. Quelques coups plus tard, l’amateur qualifié en ligne remporte 2,5 millions de dollars.
2008 : quinte flush royale contre carré d’As
Day 1A du Main Event 2008, qui compte 6 844 inscrits. Justin Phillips tient K♦ J♦, Motoyuki Mabuchi A♣ A♠. Le flop A♥ 9♣ Q♦ offre un brelan d’As à Mabuchi. Turn 10♦ : Phillips complète une quinte au Roi et ouvre un tirage à la quinte flush royale, tandis que Mabuchi conserve un brelan qui peut encore devenir full.
La river tombe : A♦. Mabuchi touche le carré d’As, Phillips la quinte flush royale. Une seule carte parmi les 44 restantes produisait ce scénario, soit 2,3 % de chances. Mabuchi est éliminé avec la deuxième meilleure main possible, en serrant la main de son bourreau.
Pour mesurer la rareté du coup : sur sept cartes, un joueur de Texas Hold’em obtient une quinte flush royale dans 0,0032 % des cas, environ une main sur 31 000 menées jusqu’à la river. Qu’elle tombe précisément contre un carré, dans une main où les deux joueurs mettent tout, relève presque de l’anomalie statistique.
2010 : les As d’Affleck à quinze joueurs du titre
À quinze joueurs du bout, Jonathan Duhamel relance au cut-off, Matt Affleck 3-bet au bouton, Duhamel 4-bet et Affleck paie. Affleck tient A♠ A♣, Duhamel J♥ J♣. Flop 10♦ 9♣ 7♥ : Duhamel checke et paie la mise d’Affleck. Turn Q♦ : Affleck met tapis pour un peu plus de 11,6 millions, Duhamel paie avec un tirage quinte bilatéral et une paire inférieure.
Il reste 44 cartes. Duhamel gagne avec un 8 ou un Roi (quinte, 8 cartes) ou un Valet (brelan, 2 cartes) : 10 outs, soit 22,7 % d’équité. Affleck est favori à 77,3 %. River 8♦ : quinte pour Duhamel. Affleck termine quinzième, Duhamel conforte sa place de chip leader et remporte le Main Event pour 8 944 310 dollars.
| Coup | Situation avant la dernière carte | Chances du gagnant |
|---|---|---|
| Phillips contre Mabuchi, 2008 | Quinte contre brelan d’As, une seule carte donne le carré et la royale | 2,3 % pour ce scénario précis |
| Duhamel contre Affleck, 2010 | Paire de Valets et tirage quinte contre paire d’As | 22,7 % (10 outs sur 44) |
| Ferguson contre Cloutier, 2000 | A-9 dominé par A-Q | Environ 24 % préflop, plus 5 % de partages |
2022 : le « Jack-Four » de Hustler Casino Live
Le 29 septembre 2022, sur le stream de cash game Hustler Casino Live, Garrett Adelstein relance avec 8♣ 7♣ et Robbi Jade Lew paie avec J♣ 4♥. Flop 10♥ 10♣ 9♣ : Adelstein a un tirage quinte flush bilatéral. Il mise 2 500 dollars, Lew paie. Turn 3♥ : Adelstein mise 10 000, Lew relance à 20 000, Adelstein pousse ses 109 000 dollars restants. Lew paie avec une simple hauteur Valet, qui bat pourtant toutes les cartes d’Adelstein, et la river ne change rien. Pot : 269 000 dollars.
Adelstein accuse aussitôt sa rivale de triche. Lew nie, puis lui rend 135 000 dollars hors caméras en expliquant s’être sentie intimidée. Aucune preuve de tricherie n’a été établie publiquement depuis, et la main reste l’un des calls les plus commentés de l’histoire du poker filmé.
Questions fréquentes
Quel est le pire bad beat de l'histoire de la WSOP ?
La main la plus citée oppose Justin Phillips et Motoyuki Mabuchi au Main Event 2008 : le carré d'As de Mabuchi a perdu contre une quinte flush royale. Le duel entre Matt Affleck et Jonathan Duhamel en 2010 est aussi souvent cité, parce qu'il a pesé sur l'attribution du titre. Tout dépend si l'on juge la rareté des cartes ou l'enjeu.
Quelle est la probabilité de perdre avec un carré au poker ?
Elle est très faible, car seule une quinte flush ou un carré supérieur bat un carré. En Texas Hold'em, il faut que le board permette à un adversaire de compléter une quinte flush tout en donnant le carré. Ce genre de situation se compte en cas isolés sur des millions de mains.
Pourquoi 10-2 s'appelle-t-il la Doyle Brunson ?
Parce que Doyle Brunson a gagné les Main Events de la WSOP 1976 et 1977 en terminant chaque fois avec 10-2. La coïncidence a fait entrer la main dans le vocabulaire des joueurs. Elle reste statistiquement l'une des plus faibles du jeu.
Qu'est-ce qu'un bad beat jackpot ?
C'est une cagnotte proposée par certains casinos ou salles, versée au joueur qui perd avec une main très forte, comme un carré, contre une main encore meilleure. Le montant est financé par un prélèvement sur les pots. Le gagnant du coup et les autres joueurs de la table touchent souvent une part.