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Poker en ligne

Gains au poker et impôts en France

Par Ben, mis à jour le 24/10/2026, 5 min de lecture

Les gains au poker ne sont pas soumis aux impôts en France pour un joueur occasionnel : aucune ligne à remplir, aucun prélèvement sur vos retraits. La règle change pour le joueur qui pratique de façon habituelle, maîtrise l’aléa par son savoir-faire et en tire des revenus significatifs : depuis un arrêt du Conseil d’État de 2018, ses gains sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.

Le principe : les gains de jeu ne sont pas des revenus

L’impôt sur le revenu frappe des revenus tirés d’une activité ou d’un capital. Un gain de jeu de hasard n’entre dans aucune de ces cases : il dépend du sort, pas d’un travail. La doctrine fiscale et la jurisprudence l’admettent de longue date, et le Conseil d’État le rappelle : la pratique, même habituelle, de jeux de hasard ne constitue pas une occupation lucrative ou une source de profits au sens de l’article 92 du Code général des impôts.

Pour l’immense majorité des joueurs, l’histoire s’arrête là. Vous gagnez un tournoi de poker à 20 € sur Winamax, vous sortez un pot de 300 € en cash game, vous encaissez une place payée dans un festival live : rien à déclarer. L’administration fiscale l’a confirmé dans une réponse ministérielle (n° 110952, publiée au Journal officiel de l’Assemblée nationale le 15 novembre 2011) et dans sa doctrine sur le champ des BNC (BOI-BNC-CHAMP-10-30-40).

L’exception : l’arrêt du Conseil d’État du 21 juin 2018

Le poker n’est pas un jeu de pur hasard pour qui y joue beaucoup et bien. C’est ce qu’a jugé le Conseil d’État le 21 juin 2018 (n° 412124), à propos d’un joueur qui contestait le redressement de ses gains. Les juges posent trois conditions cumulatives pour que les gains deviennent imposables en BNC :

  1. Une pratique habituelle d’un jeu d’argent qui oppose le joueur à d’autres joueurs, et non à la banque.
  2. Un savoir-faire qui permet de maîtriser de manière significative l’aléa inhérent au jeu.
  3. Des revenus significatifs tirés de cette pratique.

Le même jour, dans une seconde décision (n° 411195), le Conseil d’État a jugé que l’absence de déclaration de gains de 2009 relevait de l’erreur et non d’une activité occulte, ce qui écarte la majoration la plus lourde. La première affaire était passée auparavant par le tribunal administratif de Montreuil (20 octobre 2016) et la cour administrative d’appel de Versailles (4 mai 2017, n° 16VE03203), dont le Conseil d’État a suivi le raisonnement.

L’imposition s’applique même si le joueur exerce par ailleurs un autre métier. Ce n’est pas le statut de « professionnel » affiché qui compte, mais la réunion des trois critères.

Qui bascule en BNC, en pratique

Les trois critères laissent une marge d’appréciation. Quelques repères, tirés de la logique de l’arrêt plutôt que d’un barème qui n’existe pas :

Profil Habitude Maîtrise de l’aléa Revenus significatifs Risque d’imposition
Joueur du dimanche, quelques tournois par mois Non Non démontrée Non Nul
Joueur régulier, gains modestes ou irréguliers Oui Discutable Non Faible
Joueur qui vit du jeu plusieurs années de suite Oui Oui, résultats constants Oui Élevé
Joueur sponsorisé, gros résultats répétés Oui Oui Oui Élevé

La régularité des résultats sur plusieurs années est l’indice le plus parlant de la maîtrise de l’aléa. Un seul gros gain en tournoi, isolé dans une pratique de loisir, ne fait pas un joueur imposable : la variance explique très bien un coup de chance, pas une décennie de profits.

Les contrats de sponsoring, les revenus de coaching, de streaming ou de contenus sont un autre sujet : ce sont des revenus d’activité classiques, imposables quel que soit le statut des gains de jeu.

Déclarer en BNC : ce qui entre dans le calcul

Le joueur qui remplit les critères déclare un bénéfice, pas un chiffre d’affaires brut. Le résultat se calcule sur l’ensemble de l’activité : gains encaissés, moins les sommes engagées pour les obtenir (buy-ins, ré-entrées, caves perdues) et les frais liés à l’activité (déplacements, hébergement sur les festivals, logiciels, abonnements de formation). Le régime déclaratif dépend du montant des recettes ; un expert-comptable fixera le bon cadre.

Sur un exemple simple : 60 000 € de gains de tournois sur l’année, 38 000 € de buy-ins et 7 000 € de frais de déplacement et de logiciels. Le bénéfice imposable porte sur 15 000 €, pas sur 60 000 €. D’où l’importance d’une comptabilité complète, pertes comprises, et non d’une simple liste des tournois gagnés.

Opérateurs agréés : aucun prélèvement sur le joueur

Quand vous retirez vos gains d’une salle agréée par l’ANJ, rien n’est prélevé à la source pour l’impôt. Les prélèvements fiscaux et sociaux liés au poker en ligne sont dus par l’opérateur, sur son activité, et non par le joueur. Ce que vous payez au quotidien, c’est le rake et les frais d’inscription, qui financent la salle et, par elle, ces prélèvements.

La salle ne transmet pas de relevé de vos gains à votre place pour l’impôt sur le revenu. Elle conserve en revanche l’historique de vos transactions, consultable dans votre espace joueur, et le conserve comme l’exige la réglementation des jeux en ligne. Un joueur imposable a donc tout intérêt à télécharger ce relevé chaque année.

Gains réalisés à l’étranger

Pour un résident fiscal français, le principe reste le même hors des frontières : un joueur occasionnel qui encaisse une place payée dans un casino européen ne déclare rien en France. Le joueur imposable en BNC intègre en revanche l’ensemble de ses gains et de ses frais, où qu’ils aient été réalisés.

Le pays où se déroule le tournoi peut appliquer sa propre retenue. Aux WSOP de Las Vegas, les gains des non-résidents américains sont soumis en principe à une retenue de 30 %, que la convention fiscale entre la France et les États-Unis permet d’écarter : le casino demande pour cela le formulaire W-8BEN et une pièce d’identité avant de verser le gain. Mieux vaut le savoir avant de s’asseoir en table finale. Sur l’EPT et les autres festivals européens, renseignez-vous auprès de l’organisateur avant le départ.

Sites non agréés : un problème de légalité, pas seulement d’impôt

Jouer sur un site sans agrément ANJ depuis la France expose à d’autres difficultés : fonds non protégés, aucun recours devant le médiateur, et des mouvements bancaires vers l’étranger difficiles à justifier. La question fiscale passe alors au second plan. Une bankroll gérée sur des salles agréées laisse une trace claire, utile le jour où il faut expliquer l’origine de son argent à sa banque.

Questions fréquentes

Faut-il déclarer ses gains de poker aux impôts ?

Non pour un joueur occasionnel : les gains de jeu ne sont pas des revenus imposables. Oui en BNC si vous jouez de façon habituelle, maîtrisez l'aléa et en tirez des revenus significatifs, selon les critères du Conseil d'État.

Un gros gain en tournoi rend-il imposable ?

Pas à lui seul. L'imposition suppose une pratique habituelle et une maîtrise de l'aléa démontrée dans la durée, en plus de revenus significatifs. Un gain isolé dans une pratique de loisir reste non imposable.

Winamax ou PokerStars prélèvent-ils un impôt sur les retraits ?

Non. Les salles agréées ne retiennent aucun impôt sur les gains du joueur. Les prélèvements fiscaux et sociaux du secteur sont payés par l'opérateur sur son activité.

Un joueur de poker professionnel peut-il déduire ses pertes ?

Oui, puisque l'imposition porte sur un bénéfice. Les buy-ins perdus, les caves et les frais liés à l'activité viennent en déduction des gains, d'où l'intérêt de tout documenter.

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