Gestion de bankroll au poker : combien de caves par limite
La bankroll au poker désigne la somme réservée exclusivement au jeu, séparée du reste de vos finances, et dimensionnée pour encaisser les mauvaises séries sans tomber à zéro. Elle se mesure en caves pour le cash game et en buy-ins pour les tournois. Les règles courantes : 30 à 50 caves en cash game, 100 à 300 buy-ins en MTT, davantage sur les formats à multiplicateur.
Pourquoi compter en caves et en buy-ins
Un joueur gagnant perd quand même régulièrement, parfois longtemps. Ce n’est pas un problème de niveau, c’est la variance : sur quelques milliers de mains, le hasard des cartes pèse beaucoup plus lourd que l’avantage technique. La bankroll sert à survivre à ces écarts pour que l’avantage puisse s’exprimer sur la durée.
D’où l’unité de mesure. Dire « j’ai 500 € » ne dit rien ; dire « j’ai 50 caves de NL10 » ou « 100 buy-ins de tournois à 5 € » indique directement la marge de sécurité. Le choix de la limite découle de ce chiffre, et non l’inverse.
Les repères par format
| Format | Réserve courante | Exemple avec 1 000 € |
|---|---|---|
| Cash game No Limit Hold’em | 30 à 50 caves | NL25 (40 caves) ou NL20 |
| Cash game PLO | 50 à 100 caves | PLO10 ou PLO20 |
| Sit & Go 6 ou 9 joueurs | 50 à 100 buy-ins | Sit & Go à 10 € |
| Expresso, Spin & Go | 150 à 300 buy-ins et plus | Parties à 5 €, voire 2 € |
| MTT petit field (moins de 200 joueurs) | 100 à 150 buy-ins | Tournois de 5 à 10 € |
| MTT gros field (plusieurs milliers) | 200 à 300 buy-ins et plus | Tournois de 3 à 5 € |
Les écarts tiennent à la variance de chaque format. Le PLO tourne avec des équités beaucoup plus serrées qu’en Hold’em, les formats loterie concentrent une partie de leur valeur dans des jackpots très rares, et les MTT à gros field paient une poignée de résultats qui font toute l’année. Plus le field est grand, plus la réserve doit l’être.
La fourchette basse convient à un joueur dont la bankroll se recharge facilement avec ses revenus et qui accepte de redescendre de limite. La fourchette haute s’impose pour qui vit du jeu ou ne veut jamais redéposer.
Monter de limite
Une règle simple et largement utilisée : monter quand la bankroll atteint le nombre de caves visé pour la limite supérieure. Avec une règle à 40 caves, un joueur de NL10 passe à NL25 dès qu’il atteint 1 000 €. Avant ce seuil, on peut tenter un « shot » encadré : réserver par exemple 3 caves de la limite supérieure, les jouer, et redescendre sans discuter si elles sont perdues.
Exemple : bankroll de 800 € joués en NL10 (80 caves). Le joueur tente NL25 avec 75 € réservés, soit trois caves. S’il les perd, la bankroll repasse à 725 €, toujours 72 caves de NL10 : le shot n’a rien mis en danger. S’il gagne, il continue tant qu’il reste au-dessus du seuil fixé.
Le niveau des adversaires change d’une limite à l’autre, souvent plus nettement autour de NL25-NL50 et NL100-NL200 en ligne. Un taux de gain de 8 BB/100 à NL10 ne garantit rien à la limite supérieure ; les premiers milliers de mains servent à vérifier que le jeu tient.
Descendre de limite
Redescendre est la partie la plus difficile, parce qu’elle ressemble à un aveu d’échec. Pourtant, la règle doit être aussi mécanique que la montée : si la bankroll repasse sous le seuil de la limite actuelle, on redescend. Avec une règle à 30 caves pour NL25, cela veut dire redescendre à NL10 dès que la bankroll passe sous 750 €.
Une marge de tolérance évite les allers-retours permanents. Monter à 40 caves et redescendre à 30, par exemple, donne une zone tampon où l’on ne change rien. L’important est de fixer ces chiffres à froid, avant la session, et pas au milieu d’un downswing.
Le coût réel d’un downswing
Les simulateurs de variance, alimentés avec un taux de gain et un écart type réalistes, montrent qu’un joueur gagnant en cash game 6-max traverse régulièrement des séries négatives de 10 à 20 caves, parfois plus, sur quelques dizaines de milliers de mains. En MTT, une période de 100 tournois sans gros résultat n’a rien d’exceptionnel pour un joueur rentable.
Avec 20 caves, une seule de ces séries suffit à tout perdre. Avec 40, elle fait mal mais laisse de quoi continuer, éventuellement une limite en dessous. C’est la justification complète des règles prudentes : elles ne protègent pas des pertes, elles protègent de la ruine.
Le cas du poker live
En live, les mêmes principes s’appliquent avec des montants plus lourds et un volume bien plus faible. Une table 1/2 € au casino demande une cave de 100 à 200 € selon la salle ; 30 caves représentent alors 3 000 à 6 000 €. Un tournoi de casino à 150 € ou une étape de circuit à 500 € pèse aussi beaucoup plus sur une bankroll qu’un MTT en ligne.
Beaucoup de joueurs gardent donc deux réserves : une bankroll en ligne gérée strictement, et un budget live fixé à l’année ou au festival, considéré comme une dépense de loisir. Les satellites en ligne vers les étapes live permettent de jouer des tournois chers sans y consacrer une part déraisonnable de la réserve.
Retraits, dépôts et bankroll multi-salles
Un joueur récréatif peut très bien décider de retirer une partie de ses gains, à condition de recalculer sa limite ensuite. Un retrait de 300 € sur une bankroll de 1 000 € joués en NL25 ramène à 700 €, soit 28 caves : selon la règle choisie, cela peut imposer un retour à NL10.
Avec des comptes sur plusieurs salles, la bankroll s’additionne, mais seule la somme disponible sur chaque salle peut servir à y jouer. Garder un tableau à jour, avec les soldes et la limite autorisée, évite les décisions approximatives en fin de soirée.
Bankroll et suivi des résultats
Une gestion de bankroll ne vaut que si les chiffres sont justes. Le minimum : noter chaque session (date, format, limite, durée, résultat), ou laisser un tracker le faire en cash game. En tournoi, les résultats par catégorie de buy-in et de format montrent vite où l’argent se gagne et où il part. Un joueur qui perd en Expresso mais gagne en MTT a tout intérêt à le savoir avant de répartir sa bankroll entre les deux.
La discipline compte autant que la règle choisie. La plupart des bankrolls perdues ne tombent pas à cause d’une règle trop agressive, mais à cause d’une session où l’on s’assoit deux limites au-dessus pour se refaire, en plein tilt.
Questions fréquentes
Quelle bankroll pour jouer en NL10 ?
Avec la règle courante de 30 à 50 caves, il faut entre 300 € et 500 € pour jouer NL10. Une bankroll plus large offre plus de confort face aux séries négatives.
Combien de buy-ins faut-il pour jouer des MTT ?
Les repères vont de 100 buy-ins pour les tournois à petit field à 300 ou plus pour les gros tournois en ligne de plusieurs milliers de joueurs. Il faut compter le coût moyen réel, ré-entrées comprises.
Quand monter de limite au poker ?
Quand la bankroll atteint le nombre de caves ou de buy-ins fixé pour la limite supérieure. Un essai limité à quelques caves, avec retour immédiat en cas de perte, permet de tester avant d'avoir atteint ce seuil.
Faut-il séparer sa bankroll de son argent personnel ?
Oui, c'est le principe même de la bankroll : une somme dédiée au jeu, dont la taille détermine la limite jouée. Mélanger les deux empêche de savoir où l'on en est et pousse à se refaire avec de l'argent prévu pour autre chose.